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Malraux et " La Voie Royale"

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La guerre de 1914-18 a renversé les certitudes et les vérités traditionnelles. Les années qui suivent verront, par réaction, s'imposer une littérature frivole de vacances telle que l'atmosphere que l'on respire dans les romans de Giraudoux. Les "années vingt" sont celles ou tout est ébranlé, les connaissances scientifiques sont remises en question et la tentative d'oublier les horreurs de la guerre, encore vives dans les esprits, menent souvent a une littérature du jeu. Mais l'apparente frivolité de cette décennie ne doit pas cacher la gravité de la situation: d'autres événements assombrissent l'horizon humain et menacent la sécurité. Ce sont les années obscures de la montée du fascisme en Italie et de la prise du pouvoir de Hitler en Allemagne.

Face a ces événements bien des hommes sentent le devoir de prendre une position nette pour ou contre le fascisme; notamment les intellectuels français, croyant avoir un rôle important a jouer dans la vie politique, se disposent a l'engagement. Ainsi, les "années trente" sont celles ou l'on est a la recherche de valeurs nouvelles qui donnent un sens a la vie en la rachetant du néant dans laquelle elle a été jetée.

C'est en cette période que commence et s'impose a Paris le prestige d'un petit groupe d'écrivains et d'intellectuels, se réunissant sur la rive gauche, dont l'influence a largement dépassé les frontieres nationales. L'intense activité politique et le bouillonement intellectuel de ce cercle restreint sont témoignés par leurs nombreuses rencontres, leurs discussions incessantes, et leurs initiatives. Clara Malraux en parlant de cette période dit que la Révolution, c'était se voir beaucoup. La majorité d'entre eux ne cachait pas ses sympathies avec la gauche politique, mais cela n'empechait pas qu'il y ait a l'intérieur du groupe des éléments qui se tuaient sur des positions contraires. Malraux par exemple a été grand ami de Drieu La Rochelle, fasciste déclaré, bien qu'il fut considéré le porte- parole de l'antifascisme, et que les jeunes intellectuels aient vu en lui leur représentant exemplaire. Malraux en effet avait une personnalité qui se distinguait des autres; il était doué d'une éloquence prodigieuse et d'une grande lucidité. A cet égard, les personnes qui l'ont connu disaient de lui qu'il dominait toutes les situations avec sa verve, sans hésiter, qu'il possédait des manieres fortes, directes, captivantes, une façon de parler crépitante, convaincante, le sens logique et des effets contrastants, une éloquence qui n'allait jamais au détriment de l'intelligence, une maniere de parler si fiévreuse que ses interlocuteurs avaient des difficultés a le suivre: il ne leur laissait pas le temps de réfléchir sur les conclusions synthétiques de ses procédés intellectuels qu'il recommençait a en formuler d ' autres. Un écrivain combattant était meme arrivé a dire en parlant de lui que son seul intéret était de parler sans aucune préoccupation pour les idées.

Si on lui avait demandé de préciser une idée a la fin d'un de ses discours il aurait été capable de répondre qu ' il ne s ' en souvenait pas. A ses débuts Malraux semblait plus attaché a la beauté du discours, a l'esthétique de l'éloquence, qu'a la théorie politique. Mais meme si on peut lui reprocher une certaine superficialité en son engagement initial, la valeur des initiatives dont il a été le promoteur et la valeur de la contribution qu'il a donné a la lutte antifasciste sont hors de doute. Malraux pouvait etre le plus détaché des hommes mais aussi le plus engagé quand il s'y mettait, l'activité intense qu'il a déployée en est la preuve. En 1934, avec Gide, il alla a Berlin pour essayer de convaincre Goebbels a remettre en liberté Dimitrov et ses compagnons, acquittés de l'accuse d'avoir brulé le Reichstag. Il fut un des membres les plus prestigieux du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, et du Congres International des écrivains pour la défense de la culture.

Il eut des contacts fréquents avec l'URSS, et il fut un de ceux qui se chargea de repérer des fonds pour soutenir la Résistance espagnole.

Pour ce qui concerne ses rapports avec le marxisme et l ' URSS on ne peut pas dire qu'il ait suivi une ligne de soumission totale a la politique et aux idéologies communistes, il semblait loin de l'ortodoxie et du dogmatisme; son adhésion etait motivée par des raisons humaines plus que par des raisons politiques. Clara Malraux affirmait qu'il n'était pas marxiste, tandis que Troskij reconnaissait en lui un camarade égaré. D'ailleurs, il ne donna jamais son inscription officielle au parti communiste, et quand il s'agit de repérer des aides pour la guerre d'Espagne c'est aux Etats-Unis qu'il les chercha, car Malraux voyait les Etats-Unis et l'Union Soviétique comme les seuls pays ayant confiance en l'homme.

En ces années l'URSS semblait conduire la lutte contre le fascisme, vu par l'écrivain comme l'avilissement et l'abrutissement de la personne humaine. C ' est peut-etre la, une des raisons principales de sa collaboration avec le marxisme; ainsi sa lutte dans les rangs de celui-ci se définit moins comme une façon d'imposer une conception politique que comme un moyen pour trouver un sens a la vie a travers l'action, recouvrer la dignité humaine et combattre ce qui avait ôté la dignité meme a l'homme.

Tous les intellectuels en effet, comme on a déja précisé au début de ce travail, sont a la recherche des raisons qu'a l'humanité de survivre dans cette période tragique de son existance. Pour certains la participation aux événements se borne a la réflexion en exposant leurs idées dans leurs écrits d'autres dépassent cette étape et prônent l ' héroisme combattif. Bien des intellectuels sentirent pronfondément la tâche d'éveiller les esprits et le devoir de s'engager par la plume ou par l'action; il faut reconnaître qu'ils réussirent, dans leur rôle de directeur de consciences, a mobiliser les masses. Beaucoup d'entre eux se rangerent du côté du communisme et participerent aux nombreuses initiatives controlées par la gauche politique. Mais Malraux face a Charles De Gaulle en 1944 dira que le Front populaire plus que faire appel aux intellectuels, se servait d'eux, en laissant entendre clairement que les communistes ont profité avec beaucoup d'habileté de la spontanéité de leur engagement.

Le roman que nous avons considéré, "La voie royale", date de 1930, époque ou son direct engagement politique qui commencera en 1933 n'est pas encore bien définit. Ce roman est l'histoire de l'archéologue Vannec et de l'aventurier Perken a la recherche dans la dangereuse jungle de l'Indochine, des temples Khmers et d'un étrange personnage nommé Grabot prisonnier des Mois. Malraux considere le roman comme "un moyen privilégié du tragique de l'homme". On peut le remarquer dans cette oeuvre ou les personnages sont a la recherche de l'action e de l'aventure qui seules peuvent donner une signification a 1'absurdité de la vie et a l'inanité de l'existance. En effet ce n'est pas la mort physique que les héros de Malraux craignent, ce dont il ont peur c'est d'etre engloutis par le néant sans avoir eu la possibilité de jouer leur carte. L'action héroique les met dans la condition de dominer le destin en risqant leur vie et de laisser une trace d'eux qui les fasse vivre apres la mort. A ce propos, Perken dira de vouloir laisser par son action une cicatrice sur le territoire ou il combat et puisque il doit jouer contre la mort il préfere avec une vingtaine de tribus qu'avec un fils. Il est évident que la seule chose qui importe c'est de lutter contre le vide de la mort: agir.

Les héros de cette oeuvre pourraient aussi facilement combattre autre part, qu'il s'agisse de l'Indochine ou d'un pays différent peu importe. Ils ne se battent pas pour quelque chose de particulier ni pour une idée politique, il est aisé de reconnaître ici l'attitude métaphysique de l'écrivain qui, au moment de son engagement politique semble poussé surtout par le besoin d'action.

Sans aucun doute, ses sympathies pour le communisme sont réelles mais son activité politique semble etre plus que l'affirmation d'une doctrine, une façon de participer a la condition tragique de l'humanité

Di Valentino Zaffini

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